mardi 5 janvier 2016

EPISODE 2 : bienvenue dans le grand sud



Nous avons franchi le  50¨parallele sud  depuis au moins 2 jours mais c est surtout depuis cette nuit qu on a l impression d avoir poussé la porte d un autre monde
dimanche les moteurs ronronnaient
hier les membrures chantaient
aujourd hui c est le grincement rauque de la coque qui donne le rythme

La mer s est formée, la houle est bien presente maintenant, elle devient croisée sous l effet d un vent de 35-40 Nds sur notre travers tribord. Nous avancons
cependant toujours a 11-12 nds ; le bateau est vaillant et l'équipage aguerri à ce type de navigation.

AUssi la nuit a été moins douce que les précédentes. Nous sommes régulièrement réveillés par un coup de gite plus franc que les autres qui nous fait alors valser un
peu dans nos banettes. On a l impression d etre un tube d analyse medicale qu un automate ferait rouler sur lui meme en permanence pour qu il ne coagule pas.
Il faut trouver des solutions pratiques : descendre le matelas au sol et le tourner de 90 degres ou bien se rajouter une combinaison de survie roulée en nem en guide
de cale entre soi et le bord du lit,...

EN journée la vie se complique un peu aussi ; les deplacements deviennent scabreux ; il faut en permanence reperer une main courante a proximite et l utiliser bien
souvent ; marcher en rythme avec le bateau en attendant qu il repasse a plat durant une seconde pour alors progresser ; le repas n'a rien d une sinecure non plus ; et
il faut etre rapide pour rattraper les verres pourtant a fond plat qui se font la malle ; basta les plats en sauce, au revoir les soupes ou potages, le menu a été
adapte lui aussi. La douche est également un moment cocasse en particulier quand on essaie de se savonner les pieds ou les orteils (surtout quand on passe au 2e, le
1er étant alors sacrement glissant).
Quand on deambule dans les coursives ou les escaliers et qu aucune ouverture ne laisse voir l horizon, on a alors parfois l impression desagreable d etre sur une
balancoire dont on ne connait ni l amplitude ni la frequence ni le moment ; tout a coup on a des fourmis dans le ventre car on subit une acceleration vers le haut, l
instant d apres on est plaqué vers le sol ou contre un mur ;
UNe excursion , qui tient alors de l'expedition, vers la timonerie (poste de pilotage en haut du chateau) permet d admirer le spectacle : la mer est devenue bleu
nuit, la houle offre au bateau des creux de 4-5 mètres , le haut des vagues est décapité et blanchi par le vent, et regulierement quand la proue s enfonce dans une
vague plus dodue c est tout le pont avant jusqu aux vitres de la passrerelle qui disparait sous l ecume.
Il est assez amusant d observer les marins dans de pareilles conditions ; ils poursuivent leur travail quotidien sans preter d attention particuliere aux conditions
de mer, marchent sans s aider des mains, et ajuste en permanence leur posture sans s en rendre compte, on les voit alors progresser, en plein coup de gite, le corps
incliné de 30-40 degrés avec le plancher.

J'avais conscience que les conditions se degraderaient des ce matin ; en effet c est une alarme sonore inhabituelle qui m a tiré de mon sommeil : celle de ma montre
mentionnant alerte orage ; en effet son barometre s est effondré et j ai donc decouvert cette option qui depuis un an ne s etait jamais enclenchee !

Il est difficile dans ses conditions de pratiquer des activites sophistiquees : on se contente de somnoler, on tente de lire un peu, on regarde des films a la salle
commune. Mais on ne peut pas dire qu on arrive à instiller une grosse ambiance Non l essentiel de l animation est produite par la mer qui en permanence martelle,
accable, contraint le navire. On decouvre ainsi toute sorte de nouveaux bruits au fur et a mesure que les conditions se musclent : nouvelles vibrations, nouveaux
grincements, nouveaux deplacements d objets( allongé sur un pouf devant la tele cet apres midi, j ai vue arriver vers ma main une ribambelle de cacahuetes en
provenance des placards du bar situé au fond de la piece...que demander de mieux ...a part de voir rouler uen canette de biere ?)

Fort heureusement cette belle depression arrive apres 2 jours 1/2 de mer clemente et la plupart des passagers la tolere tres bien
Il y a tres peu d absents aux repas ce qui est bon signe.
Ce qui est moins bon signe c est que les marins ont installé ce jour les contre sabords...on va encore deguster ces prochaines heures.

Encore 36 h de navigation et on devrait apercevoir les premiers morceaux d icebergs peut etre et dans un peu plus de 48 h c est DDU qui devrait apparaitre !

dimanche 3 janvier 2016

EPISODE 1 : so far from you

Samedi 2 janvier 19h45
Les moteurs ronronnent, les jointures grincent, les tiroirs de la pharmacie de
bord tressautent. Le bateau s'est lourdement ébranlé voici 2h bientôt.
Les passagers ont à peine senti la carcasse de métal s'arracher du quai. Les
milliers de tonnes de notre brise glace, l'astrolabe, se sont mis en mouvement
lentement, silencieusement, s'écartant en glissant du quai de la Petroleum
Station du port d'Hobart. Le bateau a progressé mollement sur une mer peu
formée, laissant sur son babord la ville tasmanienne, ses collines et son grand
port de plaisance. Nous y avons vu hier les bateaux de la syndey-hobart, fameuse
course au large, ainsi que ceux du tour du monde à l'envers et en équipage. Une
sacrée flotte de voiliers de course géants.

Nous naviguons donc a 12 Nds sur une mer calme, cap au Sud. Les prochaines 24 h
s'annoncent relativement agréables.

Nous sommes une 15aine de passagers seulement, pour environ autant de marins. Le
bateau est donc à moitié plein ce qui est plutôt agréable. L'ambiance est
décontractée. La plupart des gens ici ont déjà effectué plusieurs séjour
antarctiques ou austraux. Il y a donc finalement assez peu d'effervescence ou
tout du moins est-elle discrète, sans effusion. Nous sommes dans un monde
d'initiés.

Ces derniers 4 jours ont été un très long voyage qui a commencé mercredi 30
décembre au matin. Le RDV fixé par l'IPEV avait lieu à Roissy, terminal 1 à 8h.
Assez sobre somme toute comme directive quand on part pour le pôle sud. Il
fallait donc sur place se livrer à un véritable jeu de piste : d'abord repérer
le terminal d'enregistrement avec comme toute information le nuéro de vol (pas
de destnation fournie), puis découvrir la destination (singapour) sur le tableau
général des départs. Se rendre au terminal et tenter de repérer des gens eux-
mêmes aussi en recherche de leurs collègues. Un voyageur m'apostrophe alors d'un
laconique : "IPEV R2?". Un vrai code en somme. Je réponds par l'affirmative.
Puis en quelques minutes notre groupe de 2 unités grandit, et finalement nous
sommes une 12aine regroupés autour d'une petite dame joviale et discrètemet
replète. Il s'agit en fait de Viviane J, la DRH de l'IPEV. Cette dame, énergique
et très cordiale semble connaître presque toute la troupe. Drôle d'impression de
faire partie d'un groupe où la norme est ce genre d'incroyable périple. Les gens
s'appréhendent vite : "T'étais pas sur Ker 61 ? - Non AMS 59 ! - Ah oui...on
s'est vu à DDU sur R3 l'an dernier ! - Moi j'étais de la 57 à TA..." Langage
taafien s'il en est...

Une fois les présentations effectuées, le troupe se dirige par petits groupes
vers les 1eres étapes du long parcours : enregistrement, check in, salle
d'attente, décollage pour singapour, visite de singapour, lounge, attente, check
in, décollage pour melbourne, 2e nuit dans un avion, arrivée à Melbourne,
douane, re enregistrement, attente, check in, décollage pour Hobart, taxi
collectif, faire tenir tous les sacs, arrivée sur le quai à Hobart et enfin
découvrir l'astrolabe. S'échouer dans sa cabine...euh non car il faut encore
découvrir le petit hôpital de bord et le prendre en main.

L'après midi de samedi sera consacrée  a se détendre les guiboles dans les rues
d'Hobart, se restaurer (fish and chips...) contempler les nombreux bateau de
course.
Puis on se retrouve un peu par hasard dans un petit parc où de nombreux stands
ont été érigés pour le nouvel an, des jeux pour enfants, des ateliers
créatifs...pour notre part on a juste la force de se vautrer sur un des
innombrables poufs multicolores qui jonchent la grande pelouse
centrale...quelques secondes plus tard, nous voici tous les 5 de notre groupe
à piquer du nez sévèrement dans un sommeil profond. Je serai réveillé
brusquement par de puissantes cornemuses : où suis je ? quel jour sommes nous ?
qui sont ces gens ? dans quel état j'erre ? surprenant réveil...
Il s'agit d'un concert donné pour le nouvel an devant un parterre d'australiens
venus en famille...

La soirée à bord sera courte, chacun songeant surtout à aller dormir. Pour moi
je commande une bonne dose de sommeil et me lèverai samedi matin après une
12aine d'heures d'une nuit profonde et sans rêve.

Bonne année 2016 à tous.
A bientôt pour l'épisode 2 : les premiers jours de mer !