vendredi 5 février 2016

EPISODE 11 : ne vois tu rien venir ?



Mercredi, dernier jour de la traversée aller ; 120 km à effectuer environ avant
dôme C.
L’excitation s’installe, le déjeuner est plus rapide qu’habituellement ; chacun
veut remonter en vitesse sur sa machine pour abattre les km restants et voir
enfin les deux tours de Concordia. Je demande à Jacky à partir de quelle
distance on peut espérer les apercevoir : 20 km ! me répond-il sans hésiter.
L’après-midi de conduite s’écoule, plus lentement qu’à l’ordinaire. En effet,
la route est piégeuse, légèrement déversante. Le cordon est plus étroit qu’à
l’accoutumée. Je tente tout de même de bouquiner. Mais rapidement, je range mon
livre car j’ai failli quitter le chemin par la gauche et risquer de faire
cabaner mes charges. Ca ne serait vraiment pas le moment. C ‘est donc
l’oeilrivé sur la piste, les mains fermement accrochées, que je guide le
tracteur n°9 le long des 60 derniers km de la traversée. On approche bientôt
des 30 derniers. Puis un peu plus tard, on entend la radio grésiller : « tour
américaine » . C’est Jacky, qui conduit le premier véhicule de la colonne, une
dameuse (Kassbohrer). IL a repérer l’antenne la plus haute de dôme C (DC). Mais
de mon côté je ne la vois pas encore ; je suis 2 ou 3 km derrière Jacky et
surtout le tracteur qui me précède me bouche la vue (il traîne un conteneur
imposant). Je ronge donc mon frein en scrutant attentivement l’horizon, sans
oublier de regarder la route. Les :minutes passent, je ne vois toujours rien.
Puis Nico qui me devance, m’interpelle à la radio et guide mon regard…ça y est
! je viens d’apercevoir deux minuscules points noirs, ce sont les deux tours de
Concordia. Il reste 17 km.
Deux coups de griffes dans le ciel, deux traits verticaux, qui viennent
bouleverser ce monde horizontal. La signature des hommes qui ont décidé
d’implanter ici une station polaire. La preuve enfin que l’on suivait bien la
bonne route et qu’elle débouchait sur un lieu habité. Ca semble complètement de
fou de distinguer les contours d’un petit village au milieu de ce néant glacé
que nous parcourons maintenant depuis 11 jours.
Les derniers km semblent bien longs et il nous tarde de rencontrer nos
compatriotes de DC. A 2 km de l’arrivée, un skidoo vient à notre rencontre et
deux silhouettes encapuchonnées nous saluent. Puis à l’entrée de la base une
vraie haie d’honneur nous attend. Chaque tracteur est salué, notre cortège
fumant rentre au ralenti dans l’enceinte de la base. Puis, enfin, s’immobilise.
On sort prestement de nos tracteurs, on pose pied à terre. Les différents
membres de notre groupe se rejoignent. On échange accolade, poignées de main et
embrassades. Ca y est ! nous y sommes ! Dôme C ! Concordia ! La base française
la plus sud au monde.

1 commentaire: